Le syndrome de la maman de Caillou

Un bon matin, les parents de Caillou se réveillent en retard. Le réveil n’a pas sonné! Sans proférer le moindre gros mot, la maman de Caillou se lève en vitesse, réveille tout le monde et demande gentiment à chacun de se dépêcher. Caillou, lui, n’est pas pressé du tout… Pendant que ses parents se préparent, il en profite pour subtiliser le maquillage de sa mère et barbouiller le visage de sa petite sœur qui, par un drôle de hasard, ne hurle pas. Lorsque maman découvre sa fille maquillée jusqu’aux oreilles, elle garde toujours son calme et dit gentiment à son fils : « Voyons, Caillou, tu sais bien que tu n’as pas le droit de prendre le maquillage de maman! Viens, nous allons nettoyer ta sœur… »

Alors que tout le monde est prêt, Caillou s’entête et refuse obstinément de s’habiller… Les parents, souriants, le grondent en douceur, sans jamais hausser le ton ou proférer de menaces de punition. Finalement, papa décide de prendre congé afin de faire une balade dans le quartier avec Caillou et de lui montrer toutes les personnes qui travaillent… Quels bons parents, n’est-ce pas?

Je rencontre malheureusement de plus en plus de ces parents bien intentionnés – souvent des mères – qui feraient tout pour devenir le parent parfait, celui qui saura rendre toute la famille heureuse. Quelques années plus tard, ils sont souvent bien déçus du résultat. Devant les comportements ingrats de leurs enfants, ils se demandent : « Mais qu’est-ce que j’ai bien pu faire de travers? Moi qui leur ai tout donné… »

Justement! Se pourrait-il que ces parents donnent trop à leurs enfants? Se pourrait-il qu’ils soient trop gentils? Si, par leur attitude, ils avaient justement enseigné à leurs enfants à les traiter comme des esclaves? Et si, désirant plus que tout faire plaisir à leurs enfants, ils avaient miné leur bonheur à long terme en même temps que leur relation avec eux?

Cinq mythes courants sur la « bonne mère »

Une bonne mère est entièrement dévouée à ses enfants.

FAUX! En se sacrifiant, la mère enseigne à ses enfants à se sacrifier eux-mêmes pour le plaisir des autres ou bien à s’attendre à ce que tout le monde se sacrifie pour eux.

Cette mère esclave sera déçue lorsque ses enfants ne seront pas reconnaissants envers elle. Elle risque alors de les culpabiliser : « Après tout ce que j’ai fait pour vous! »

Comment peut-elle espérer que ses enfants ne la traitent pas en esclave si elle se conduit comme une servante!

Une bonne mère fait tout pour que ses enfants soient heureux.

FAUX! En élevant ses enfants « dans la ouate », la trop bonne mère risque de ne pas bien les préparer à l’âge adulte. Un enfant joyeux ne devient pas nécessairement un adulte épanoui… La vie est faite d’embûches, de déceptions, d’efforts, de réussites et d’échecs. Bien préparer un enfant à l’âge adulte, ça veut aussi dire l’entraîner dès son plus jeune âge à devoir faire des efforts pour obtenir ce qu’il désire, à faire face aux frustrations et aux déceptions et à apprécier les petits plaisirs.

Une bonne mère ne se fâche jamais. Elle est toujours douce et patiente.

FAUX! Les mères qui tentent de ne jamais se mettre en colère tombent toutes dans le même piège : elles sourient, expliquent, répètent, négocient, argumentent, répètent encore, puis finissent par exploser… pour ensuite se culpabiliser. D’ailleurs, les mères qui sont trop patientes élèvent des enfants indisciplinés qui ne savent pas où est la limite de l’acceptable et qui prennent l’habitude de contourner les règles. Ils sont habitués à avoir plusieurs chances et réagiront très mal à un encadrement plus ferme.

Et puis, de toute façon, l’enfant qui serait tombé sur une mère à la patience infinie, qui ferait preuve de douceur en toutes circonstances, risque d’être pour le moins traumatisé lorsque son enseignante de maternelle, un peu moins parfaite, perdra patience.

Une bonne mère sait toujours quoi faire.

FAUX! On se pose toutes des questions, personne n’a toutes les réponses et celles qui croient savoir quoi faire en toutes circonstances finissent invariablement par réaliser un peu tard les erreurs qu’elles ont commises. Les meilleurs parents ne font pas nécessairement les meilleurs enfants. Quoi qu’on fasse, les enfants jouissent toujours de leur « libre arbitre », c’est-à-dire que chacun d’eux peut interpréter à sa façon les interventions de ses parents et y réagir comme bon lui semble.

Une bonne mère est toujours disponible.

Vrai et faux… Bien que le choix de devenir parent exige de renoncer à une certaine part de liberté afin d’être présent pour les enfants (éviter de travailler 70 heures par semaine, par exemple…), il n’est toutefois pas nécessaire de mettre une croix sur toutes nos aspirations professionnelles et nos loisirs. En fait, laisser les enfants vivre certains délais dans leurs demandes d’attention, les obliger à attendre que nous soyons disponibles pour écouter leurs tracas et composer avec nos propres désirs et besoins, voilà autant de manières de les rendre plus tolérants et respectueux envers les autres.

Alors, qu’est-ce qu’une bonne mère?

Selon moi, une bonne mère est d’abord et avant tout une mère heureuse! Car au-delà de tout ce que vous pourrez dire ou faire, c’est le modèle que vous projetez qui traduira le mieux les valeurs que vous désirez transmettre à votre progéniture. Voici donc ce qui caractérise la bonne mère à mes yeux.

Elle a du plaisir!

Elle a du plaisir dans son rôle de mère, elle prend le temps de rire avec ses enfants et de s’offrir du temps de qualité avec eux. Elle fait avec ses enfants des activités qu’elle aime et ne se contente pas de faire le taxi pour tout le monde. Elle se permet de décrocher de ses tâches et de son rôle éducatif de temps à autre pour simplement respirer le plaisir d’être avec ceux qu’elle aime et rigoler un bon coup.

Elle a du plaisir dans son travail et revient du boulot en souriant. Elle a aussi du plaisir avec ses amis et avec son conjoint, même si parfois cela implique qu’elle ne soit pas disponible pour ses enfants pendant quelques heures…

Elle cultive des passions.

Une bonne mère se permet, en dehors de ses responsabilités familiales, de laisser libre cours à ses passions : lecture, arts, sport, voyage, histoire, etc. Elle les partage d’ailleurs avec ses enfants et les encourage à découvrir ce qui les « allume », eux aussi.

Elle s’affirme.

Parce qu’elle s’estime et considère qu’elle a une valeur, parce qu’elle se respecte et se fait respecter, la bonne mère se permet de donner son opinion à qui veut l’entendre, elle accepte de prendre le risque de décevoir ceux qu’elle aime et de dire « non » de temps à autre, elle ne laisse personne lui faire du mal et elle fait tout pour changer une situation qui la rend malheureuse.

Elle accepte aussi de faire face à la déception et à la colère de ses enfants en faisant appliquer des règles et des sanctions au besoin, car elle sait qu’enseigner le respect à ses enfants revient à les guider vers le bonheur.

Elle cherche l’équilibre.

À l’aide de lectures, de consultations et de périodes de réflexion, une bonne mère cherche toujours à évoluer et à avancer vers le bonheur. Et si, un jour, la vie lui fait la guerre, si elle tombe et désespère, elle cherchera l’aide et les outils nécessaires afin d’enseigner à ses enfants à se relever, même quand c’est pénible.

Elle est indulgente envers elle-même et envers les autres.
Puisqu’il est impossible d’être parfaite, puisque les erreurs et les « montées de lait » sont inévitables, elle saura se pardonner, comme elle souhaite voir ses enfants se pardonner leurs erreurs et leurs faiblesses. Elle acceptera aussi de présenter des excuses, avec humilité, mais la tête haute.

Elle reste positive.

Elle force ses yeux et son cœur à voir les progrès de ses enfants, elle se rappelle et leur dit tout ce qu’elle apprécie d’eux, elle fait davantage de câlins que de reproches. Même si elle met en place des règles, même si elle doit parfois sévir, même si ses enfants ne sont pas toujours sages, elle ne s’en fait pas trop, elle se rappelle qu’elle a bien 20 ans pour les élever et que « ça finira bien par entrer! »

Elle écoute plus qu’elle ne parle.
En s’intéressant à l’opinion de ses enfants, elle cultive leur capacité à penser par eux-mêmes et leur permet de se sentir importants. En les écoutants, elle peut mieux les connaître et les comprendre. En somme, tout cela donne aux enfants l’envie de se conduire avec maturité et responsabilité et leur permet de se bâtir leur propre système de valeurs.

En terminant, selon moi, une bonne mère cherche à s’améliorer sans se culpabiliser devant ses imperfections, elle permet à ses enfants d’être imparfaits et de commettre des erreurs, mais elle s’assure qu’ils assument les conséquences de leurs choix. Une bonne mère ne cherche pas à plaire à ses enfants, ni à les contrôler. Elle leur permet de s’épanouir dans un cadre clair, entourés d’amour et de joie de vivre. Et ne l’oubliez pas : ces principes sont tout aussi valables pour les papas qui rêvent, eux aussi, de devenir le père idéal.

Nancy xxx

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